Un Président de représentation « gauche » et une équipe au pouvoir « mal à droite »

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En observant cette photo de Bourguiba, assistant à  l’hippodrome de Ksar Saïd, en 1985, à une activité sportive de représentation, peu « rentable » en termes de « popularité », à un moment où le régime qu’il incarnait abordait la période de sa fin, l’on ne peut qu’être étonné par la capacité de cet homme à assumer jusqu’au bout, l’image symbolique, à partir de laquelle il était devenu l’incarnation même d’un pouvoir qu’il n’exerçait plus, depuis au moins une décennie.
A l’époque, je me souviens que j’avais trouvé  que cette photo, donnait de Bourguiba, l’image du dernier des  beys, tenant sa béquille par la main gauche et un bouquet de jasmin dans sa main droite et qu’il arborait comme un sceptre. Ayant  eu l’occasion, très tôt, (du temps où à l’âge de 24 ans j’étais journaliste à RTCI), de me rendre compte de très près du charisme chaleureux et souvent affable qui émanait du Zaïm, je n’ai pu consentir  à la publication de cette photo que je jugeais dégradante pour le Président.
Aujourd’hui et après l’intermède Ben Ali, durant lequel j’ai eu à subir, comme la majorité des Tunisiens, l’image d’un dictateur se pavanant, comme un véritable coq sur la « scène-tribune » de la Foire du Kram et assistant, aujourd’hui, aux dramatiques gesticulations à travers lesquelles Moncef Marzouki croit « exprimer » la volonté d’un pouvoir qu’il n’a jamais détenu, je n’ai pu m’empêcher de relire cette image de Bourguiba, tenant, comme  pour défier son entourage, un bouquet de jasmin aux couleurs nationales tunisiennes. Image à laquelle je trouve, après le 14 Janvier 2011, des résonances curieusement prémonitoires, annonciatrices de la véritable révolution du Jasmin.
Mais, au-delà de cet hommage que je me permets de rendre à Bourguiba, au moment où le peuple tunisien semble connaitre les pires moments de son histoire contemporaine, cette photo du Zaïm vieillissant  vient me rappeler l’urgence qu’il y a à rappeler à nos gouvernants actuels, de se hausser à la hauteur des charges auxquels les dernières élections les ont portés. Ces derniers se doivent de se positionner, non pas en tant revanchards qui n’en reviennent pas de se trouver propulsés, par miracle, aux commandes d’un État, qu’ils semblent éprouver de la difficulté à distinguer du pouvoir qu’ils détiennent d’une main « gauche » et encore « mal à droite ».
La leçon que Moncef Marzouki et Hammadi Jbali, se doivent de prendre, en méditant la manière avec laquelle Bourguiba s’était identifié  positivement, à la Tunisie, devrait leur rappeler que le politique aussi se doit de se distancier et de considérer qu’il est en représentation, pour qu’il puisse investir son pouvoir à un niveau symbolique.
La question se pose aujourd’hui avec insistance. Le pouvoir actuel et son personnel élu n’arrive pas à s’élever au dessus des considérations personnelles subjectives et l’on peut même parler d’une subjectivité de groupe dont seul actuellement Ali Laaridh semble faire l’effort de se dégager.
Le rapport pathologique au pouvoir, fondé, à la fois sur la volonté de le détruire mais également de le vampiriser fait que le nouveau personnel politique se comporte à l’égard de cette instance à laquelle les élections l’ont amené, comme un groupe de personnes, politiquement immatures,  qui  continuent à vouloir gouverner tout en se refusant à se laisser impliquer et transformer par l’exercice  objectif du pouvoir.
Le pouvoir change et use. Et toute pratique lucide de la politique ne peut ignorer la nécessité de l’alternance et du « changement dans la continuité ». Et ce n’est point là un problème de moral mais de conscience politique.
Les détenteurs actuels du pouvoir sont aussi « subjectifs » que  l’étaient Ben Ali et les Trabelsi. La ressemblance est flagrante entre la suffisance bête de L’Assistant en Gestion, Khedhr  et celle de Sakhr El Matri . Le nouveau pouvoir semble reproduire, à sa naissance, toutes les maladies qui ont fini par emporter le régime de Ben Ali.
Avec la différence que Ben Ali avait pu « vampiriser » l’héritage de Bourguiba qui était assez solide pour le supporter durant plus de vingt ans. Alors que le personnel de  Rached Ghanouchi est entrain de s’empoisonner, en vampirisant  » un cadavre politique »  qu’ils ne soucient même de réanimer.
Ce que les islamistes libyens ont fait à Kadhafi, les islamistes tunisiens sont entrain de le faire à l’Etat Tunisien, en le prenant pour le cadavre symbolique de Ben Ali. La manière même avec laquelle ils se sont attribués les fonctions ministérielles « entre eux » en dit long sur le fait qu’ils considèrent le pouvoir comme un butin qu’il se partagent à la suite de leur « ghazoua » poltique qui les amenés à conquérir la Mecque. Sans avoir l’intelligence et la dimension visionnaire de dire comme le Prophète : « Celui qui se réfugie dans la maison de Abu Soufiane est en sécurité ».
Ne peut prétendre être la réincarnation du « Badr » qui veut. Dieu est « irreprésentable » mais son Prophète aussi est « irremplaçable » et ne peut donc avoir de Khalif. Ce dernier ne pouvant mériter de l’être qu’en passant par la légitimation politique et non pas religieuse. De par son essence politique le Khalifat  ne contenait-il pas, déjà, les  prémisses des dynasties Omeyade  Abbasside, Ottomane etc..
Avec l’irresponsabilité dont fait preuve un Chef de Gouvernement louvoyant entre le désir de laisser faire un Ghounime  charlatant, pour entretenir les chances électorales de son futur Khalifat  et l’urgence de se prendre en charge en tant que responsable d’une transition démocratique que l’on souhaite réussie autant que ne l’a été celle menée par Béji Caïd Essebsi, il y a lieu de méditer le sens de cette agressivité dont Cheikh Mourou est entrain de faire l’objet et de dire que bientôt on va assister à une campagne , menée par les « admins » nahdhaouis contre Ali Laaridh, pour  fidélité à la Tunisie et respect de son État de Droit, qui n’a rien à voir avec celle de Droit divin que voudraient fonder, à moyen ou long terme, Rached Ghanouchi et ses lieutenants au pouvoir.

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