La hargne des émirs.

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Lors de sa dernière visite à Washington, le Premier Ministre Tunisien du Gouvernement de transition, dans une brève déclaration se rapportant à l’avenir immédiat de la Révolution Tunisienne a précisé qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter quant à la possible participation au pouvoir des islamistes, précisant que ces derniers sont un parti comme les autres et ne constituent pas un quelconque danger pour l’avenir de notre pays. Ajoutant que le Printemps Arabe ayant pris son départ en Tunisie, Béji Caid Essebsi devait préciser que le succès de toutes les autres révolutions qui ont suivi celle du peuple tunisien, dépendra de celui de la révolution tunisienne. Tel qu’on le connait, en fin politique doublé d’un grand diplomate, l’ancien Ministre des Affaires étrangères du temps de Bourguiba, ne pouvait que rassurer l’opinion internationale et les Grandes Puissances amies sur la volonté de son gouvernement de réussir la transition démocratique en organisant dans les délais prévus les premières élections véritablement démocratiques, aussi bien en Tunisie que dans tous les pays de la région.

Je ne suis pas de ceux qui penserait que Le Premier Ministre a fait preuve, dans cette déclaration d’un optimisme de circonstance. Et ce, malgré les dérapages dangereux que connait notre Révolution depuis son retour des États Unis et qui pourraient faire croire à un quelconque danger réel qui menacerait le processus en cours, à l’approche de la date du 23 Octobre. Bien au contraire. Observons ce que beaucoup pensent comme étant des démonstrations de force destinées à intimider les électeurs, pour qu’ils paniquent et aillent voter Ennahdha. Ce qui serait en contradiction avec l’assurance que ne cessent d’afficher les chefs de ce parti que l’on donne favori dans les sondages, et qui n’aurait donc pas besoin de ce genre de forcing de très mauvais goût. Durant les premiers mois, au cours desquels on avait assisté aux premières manifestations intimidantes de Hizb Attahrir , au moment où l’on avait assisté à Hassen El Ghodhbane quitter Nessma en direct et sans terminer l’émission, l’on pouvait encore croire en une stratégie discrète qui consisterait à faire croire que Ennahdha serait le rempart contre la violence intraitable des salafistes. Mais l’ampleur « voulue spectaculaire » des agressions contre les Facultés de Lettres de Sousse et de Kairouan et la présence , parmi les manifestants qui protestaient contre la diffusion du dessin animé Persopolis par Nessma, d’une foule nombreuse, parsemée de barbus mais donnant l’impression d’être composée de citoyens comme les autres, montre qu’il est nécessaire d’interpréter autrement ces évènements.

Comme l’a déjà signalé, Mokhtar Khalfaoui, dans une émision hébdomadaire, de Abdelhalium Messaoudi sur Nessma, aujourd’hui interdite de diffusion, il s’agirait bel et bien d’une invasion de la Tunisie par des « agents missionnaires wahabites » dont le but serait la destabilisation du pays en vue de faire échouer notre révolution.

Que se serait-il passé, ces derniers mois, pour que Qatar et la Saoudie ne se sentiraient plus rassurés par l’arrivée au pouvoir de leurs islamistes ? Serait-ce que ce que l’on considère comme étant des discours contradictoires des chefs d’Ennahdha ne serait en fait que des signes de « tunisification progressive de certains chefs islamistes qui acceptent de prendre pour référence l’Islam maghrébin de Fahel Ben Achour et de reconnaître certains aspects positifs de l’œuvre de Boiurguiba ? Alors que d’autres, plus vieux, continuent toujours à traiter Le Zaim de « franc maçon à la solde du sionisme » ? Jbali et Dilou appartiendraient-ils au même parti que Ghanouchi et Ben Salem ?

D’autant plus que pour n’importe quel observateur objectif, il ne peut échapper à personne que Rached El Ghanouchi se révèle de jour en jour d’un niveau intellectuel pour le moins moyen, incapable d’évolution en matière de pensée et que son mode de réflexion « opportuniste » ne peut dépasser le niveau ordinaire des déclarations d’un opposant en exil. Tandis que celui de Ben Salem, il relève du mode de penser technicien de la raison instrumentalisée que j’analyse dans un article en Arabe publié sur mon blog. Le fait même qu’en même temps qu’il dénigre Bourguiba, il ne cesse de faire l’éloge de l’Emir du Qatar dont il avoue en être le protégé, en dit long sur le formalisme de sa pensée qui ne peut dépasser une subjectivité aigri et rancunière qui s’ignore. L’avenir nous montrera que ces deux « chefs historiques », parmi d’autres dont quelques uns ont été écartés, vont devenir le véritable boulet d’un mouvement qui pourrait devenir porteur et aller à la rencontre de l’ensemble de la classe politique tunisienne. C’est peut-être cela qui fait dire à notre Premier Ministre que les Islamistes tunisiens sont d’abord des Tunisiens et ne constituent donc aucun danger pour notre démocratie future.

Pour l’Emir du Qatar qui semble peiner à placer ses islamistes d’Afghanistan au pouvoir à Tripoli, l’Islam de Mustapha Abdejelil se révèle plutôt maghrébin, la présence à Tripoli des hommes armées Amazighs, les Frères d’Egypte ne sont plus aussi majoritaires qu’ on le croyait et le Conseil provisoire syrien est présidé par Borhane Ghalioune, un intellectuel connu pour avoir écrit un livre sur « l’Assassinat de la Raison » (Éclipse de la Raison aurait dit Horkheimer), il ne resterait plus que le pire : Organiser le terrorisme idéologique, par le biais de ses « missionnaires » wahabisés, comme dernière carte à jouer sur la scène politique du Printemps Arabe qui risque d’emporter, à moyen ou à long terme, son trône si non ceux de ses voisins dictateurs. La subversion sur le mode « soft » d’Al jazera ne suffit plus. Alors on en vient à l’agression caractérisée.

Qu’Allah, le Tout Puissant, préserve le Printemps Arabe des agissements malveillants des nantis enturbannés.

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