Les Kadhafi(s), en puissance, de la Place de La Kasbah.

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Ceux qui se sont improvisés en « collectifs de défenseurs de la révolution » ne peuvent, en aucune manière, reprocher à un Mouammar Kadhafi de vouloir continuer à l’être, quitte à prendre le risque majeur de dévoiler, au monde entier, son identité de monstre, assassin de son propre peuple.

Ce qui le distingue d’eux  c’est que « le Frère Guide » et ses camarades « Officiers Libres » avaient réussi, il y a 42 ans à faire « dégager », par un putsch militaire, les Senoussi, cette famille royale libyenne, qui n’était pas plus difficile à évincer du pouvoir que ne l’était la famille husseinite de Tunis. Pour ce faire, Kadhafi s’était inscrit dans une logique de « reproduction » d’un autre putsch, réalisé 17 ans auparavant, par Gamal Abdel Nasser et ses « Officiers Libres » (version d’origine) . Après avoir, durant dix ans, procédé à une sorte de navigation à vue dans les eaux troubles du « nationalisme arabe » en s’auto proclamant l’héritier de Nasser, il s’engouffre dans une métaphysique de « Fin de l’Histoire » par la « résolution définitive des contradictions ». Il se fait alors le chantre d’une « démocratie absolue » qui pour être « le gouvernement du peuple par le peuple » doit se passer du recours à l’élection démocratique de ses « représentants », considérant que « toute représentation, par le truchement d’élections libres  est mensonge ». Il en vient donc à la création d’un « Ordre Nouveau » pour lequel toute organisation au sein d’un parti politique, quel qu’il soit, est assimilée à une haute trahison.

Cette position aurait été intenable, aux yeux de l’opinion publique internationale, sans la considération du fait que « ce fou sous seing privé » avait à sa disposition l’une des plus importantes mannes pétrolières du monde qu’il dilapidait, selon ses humeurs politiques du moment, ainsi que  du besoin objectif  d’Israël d’avoir la Libye, comme alibi à son refus de paix.

Jusqu’au moment où l’Utopie qu’il prétend avoir réalisée en « Jamahiriya » s’est retrouvée, face à la Révolution tunisienne bien réelle. Une révolution sans chef, dont la logique d’avènement, au niveau de sa réalisation « technique » et non pas de ses motivations profondes, provient, entre autre,  d’une communication horizontale entre les membres d’un peuple, dont plus de la moitié ont  moins de trente ans, liés entre eux, par  les réseaux sociaux  sur Internet.

Et l’on peut comprendre qu’en réalité, notre révolution « à la tunisienne », avant de faire «dégager» Ben Ali  de Carthage, avait  surtout mis à nu la dimension mensongère du concept fondateur de la « Jamahiriya ». D’où l’on peut s’expliquer le désarroi manifeste du « Chef de la Révolution » face à un Sofiène Ben Hamida, venu l’entretenir de ses relations futures avec la Tunisie, depuis que son peuple a réussi à faire sa révolution, sans guide et sans partis.

En fait la révolution tunisienne est aujourd’hui, pour Kadhafi, le pire ennemi, au niveau du principe, du régime instauré par lui, à Tripoli. Et ce n’est que « légitime défense », illégitime, de sa part que de se déclarer solidaire de Leila Trabelsi. Les jeunes tunisiens l’ayant indirectement déchu de son titre de révolutionnaire patenté, il ne pouvait plus cacher sa réalité d’escroc international, complice, parce que semblable à eux, des Trabelsi.

Et l’ont peut dire  aujourd’hui, que si Bourguiba, dans son discours du Palmarium, avait administré une véritable leçon, en matière de « nationalisme arabe » à celui qui se disait encore être l’héritier  de Nasser, ses petits enfants qui ont été scolarisés en masse par le régime instauré, à Tunis , en 1957, viennent de révéler, quant à eux, le caractère fallacieux de la prétention de la « Jamahiriya » à se présenter comme étant « le gouvernement du peuple par le peuple ».

Revenons à présent à ceux qui, par mimétisme, veulent prendre la place de la Kasbah pour celle d’Ettahrir, pour dire que ceux qui se sont autoproclamés « conseil de protection de la révolution », n’ayant pas eu la chance d’être à la place de Rachid Ammar, ni celle d’être les initiateurs d’une révolution dont ils viennent de prendre le train en marche, du fait que durant les 23 ans de dictature ils étaient sur les bas côtés ou bien sur les « hauteurs des collines », n’ont trouvé de mieux à faire que de se « positionner » en « défenseurs d’une révolution » dont l’évolution dépend de « la capacité de créativité  vigilante,  dont notre jeune peuple fera preuve dans l’avenir.

L’analphabétisme politique des uns et la volonté de manipulation manifeste des autres peuvent inquiéter plus d’un quant  à la volonté de certains de pousser notre révolution vers la réalisation de buts qui ne peuvent être les siens. C’est à dire de la faire avorter  et l’empêcher d’accoucher de sa destinée propre qui sera nécessairement différente de toutes celles qu’on attend encore  de ces idéologies de l’échec, dont ces «panarabismes, panislamismes et révolutionnarismes de tous poils qui ont envahi  le vendredi 25 février 2011, la place de la Kasbah à Tunis.

Curieuse situation que celle de voir des participants à cette manifestation à « l’égyptienne », habillés en « authentiques tunisiens » rêver, au micro d’Al Jazeera, de la réalisation possible de l’Union fantasmatique de tous les Arabes. A ces gens, je propose qu’ils réécoutent ou visionnent de nouveau sur Internet, le discours du Palmarium, pour comprendre qu’ils ne sont, en fait que des Kadhafi, sans grade de colonel  et sans manne pétrolière.

Le spectacle quotidien du massacre des jeunes libyens dans les rues de Tripoli, devrait pourtant leur donner mauvaise conscience.

Naceur Ben Cheikh.

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