La trahison des Ayatollahs.

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Il serait peut-être temps de constater  que les victimes de l’avènement du régime du général inculte ne sont  pas nécessairement  les opposants dits  de  gauche dont  nombreux parmi eux serviront  au sein du RCD comme mercenaires intellectuels, ni les « islamistes de Ghanouchi » dont le Ministre de l’Intérieur de l’époque s’en est servi comme épouvantail, faisant croire au vieux Bourguiba qu’il était le seul rempart contre eux, en vue de l’amener à lui confier la responsabilité de Premier Ministre, poste à partir duquel il pourra réaliser son coup d’Etat médical. Comme on le sait, et comme on peut le démontrer, rien qu’en rappelant les origines idéologiques des transfuges de l’opposition à Bourguiba qui ont fait partie de son personnel politique (Ministres, Conseillers, Directeurs de journaux, gouverneurs )  l’on peut constater que d’aucuns  parmi ces parvenus politiques dont la promotion date d’après le 7 Novembre 1987, étaient des « arabistes baathistes », des sociologues de gauche, des  syndicalistes achouristes, des opposants de l’UGET et des opportunistes, recrutés sur la base d’équilibre régional de façade). Car, en fait, en toute sereine objectivité  l’institution politique qui aura à souffrir le plus du régime de Ben Ali sera le Parti Destour   qu’il va « dépolitiser » et  transformer en caisse de résonnance, en le purgeant    totalement de toute trace d’intellectuels  pouvant  avoir une quelconque attitude critique à l’égard de son idéologie de la couleur mauve et du chiffre sept.

Cette purge  concerne moins des personnes qu’un mode de penser  que les ralliés au nouveau pouvoir, parmi les opposants à Bourguiba, prendront un malin plaisir, au départ, à couvrir de leurs clameurs idéologiques d’importation, pour se  focaliser par la suite sur la production  effrénée de la langue de bois que l’on sait. Dès les premiers mois de la « nouvelle ère » , après la destruction de fait  du Destour et l’usurpation  de sa légitimité historique par le RCD, l’on va procéder à l’arrêt brutal  d’une activité de penser politique dont les acteurs étaient des intellectuels de plusieurs bords différents et qui  aussi bien sur les colonnes   de la presse destourienne que sur celles de l’opposition, ne manquaient de débattre de questions politiques d’actualité dont celle que pose, jusqu’à aujourd’hui, l’activisme violent des extrémistes islamistes.

Rares sont les jeunes qui n’ont connu que la langue de bois de l’époque Ben Ali sont ceux qui  pourraient savoir, qu’à la veille du coup d’Etat du 7 Novembre, la presse tunisienne jouissait d’une relative liberté d’expression qui avait permis  à un journal d’opposition comme « Errai » de  Feu Hassib Ben Amar  de publier des enquêtes sur la torture en Tunisie, à la revue   » 15-21″ de « Hmida Enneifer et Slaheddine Jourchi de développer une véritable idéologie critique islamiste de gauche que ne renierait pas, aujourd’hui un Tarak Ramadhan ainsi que ce que j’ai pu personnellement organiser comme débats critiques sur les colonnes du quotidien l’Action et celles de la revue Dialogue. Rares sont ceux également qui  savent que le courant de penser qui a été victime, le premier,  de cette interdiction de réfléchir, a été celui, développé, au sein de la presse du Destour et dont l’objet était  la mise en valeur des potentialités porteuses d’avenier de ce que j’avais appelé « le mode de penser bourguibien ».   Un mode de penser  pour la clarification et la sauvegarde duquel il fallait lutter, à la fois contre sa dogmatisation  par les candidats à la succession du vieux Président, au sein d’un pouvoir dont le fondateur était devenu la première de ses victimes, que contre leurs alliés objectifs, les « Islamistes  tunisiens ».

Je précise ce qui semble, n’être qu’une affirmation gratuite qui fait fi du bon sens :  en abandonnant « l’ijtihadisme islamique bourguibien »  et en le transformant en « rationalisme laïc », les « idéologues  successifs »  du PSD, issus pour la plupart, de la mouvance de gauche, ont, en fait, privé le Destour  du « jihadisme progressiste »  élaboré par Bourguiba , synthèse, résolument moderniste du réformisme tunisien , à partir de laquelle , Bourguiba s’est, déclaré être le continuateur de Khaireddine Pacha  et de Ibn Abi Dhiaf  ainsi que de  L’Islam  Réformé  de  l’Egyptien Mohamed Abda, de  Jamaleddine El Afghani et  du Libanais l’Emir  Chakib Arslan. Une fois vidé de sa dimension islamique critique qui caractérise  toutes ces tendances de l’Islam réformée, le mode de penser bourguibien réduit en rationalisme laïc, était devenu incapable de lutter contre l’intégrisation de l’Islam  par les tenants de l’Islamisme nostalgique de  Maoudoudi et dont les adeptes sont les islamistes  de Hassan El Banna et de Saied Qotb et dont Rached Ghanouchi  prétend  en être le continuateur.

Et c’est pour rétablir la pensée bourguibienne authentique dans sa dimension islamique d’origine que j’avais écrit  en Avril 87,  et ce, en pleine crise du régime de Bourguiba  qui était en proie aux luttes intestines pour la succession  et au harcèlement quotidien  des violences intégristes. Presque comme en cette période d’incertitude post révolutionnaire que nous sommes entrain de vivre aujourd’hui. Je dis cela tout en rappelant que  l’Histoire ne se répète jamais.

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