Obama et Abbas : « suivre le voleur jusqu’a la porte de sa maison ».

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Il y a maintenant près de cinq mois j’avais écrit un article  sur mon blog que j’avais intitulé d’abord, « Pour Barack , avec Obama » titre sous lequel il a été repris par Paperblog  et que j’ai changé par la suite en un autre par lequel je m’adressais aux Arabes frères: « Aidez vous et Obama pourra vous aider ». Je  reprends aujourd’hui l’article, en le continuant par une explicitation , toujours selon le même point de vue de ce qui est entrain d’arriver aujourd’hui sur la scène internationale à propos de la demande d’adhésion de l’Etat de Palestine, à l’ONU que  le Président Mahmoud Abbas  vient de remettre au Secrétaire Général  de L’Organisation Internationale.

Voilà ce que j’ai écrit en date du 3 Mai 2011 :

Je ne pense pas qu’en  arrivant, par miracle, au pouvoir, Barack Obama, ne connaissait pas les limites des prérogatives qui seront les siennes, une fois devenu le Président  de la plus grande puissance du Monde. Ni qu’il ignorait le fait qu’en tant que locataire de la Maison Blanche, il sera obligé un jour, de « présenter ses papiers » pour « vérification d’identité » aux électeurs d’un pays dont il est déjà le Président depuis plus de trois ans. Moins humiliant, peut-être, que ne l’était l’obligation pour Bill Clinton  de comparaitre, devant le monde entier, face à un Juge Invisible qui l’obligeait à rendre compte, dans les détails, de son aventure avec Monika Lewinski.

Je ne pense pas non plus que le fameux « Yes We Can  » du candidat Obama, relevait d’un optimisme béat et non pas d’une compréhension profonde de la réalité américaine complexe. Peut-être même, à cause du simplisme évident d’un peuple dont les fondements messianiques de l’Etat auquel s’identifient toutes les ethnies qui le composent, le rendent « manipulable » à merci. Un messianisme dont on oublie souvent  les origines protestantes  qui le transforment en pragmatisme créateur de richesses et dont les individus « isolés » qui le pratiquent se sentent les représentants de l’ensemble de l’Humanité. Conformément à « l’Utopisme réaliste » des Pères Fondateurs.

Je ne crois pas aussi qu’au nom de ces valeurs auxquelles il avait tenu à rendre hommage dans son discours d’investiture, il n’ait pas été sincèrement tenté de libérer son pays de cette volonté de domination vers laquelle a été détourné le message libérateur de la Révolution américaine, sous l’emprise d’entreprises occultes sur fond de messianisme sectaire et peu soucieux de liberté de l’autre et de sa dignité.

Je suppose, et je ne peux que supposer, qu’il s’était rendu compte de l’étendue réelle du pouvoir dont dispose les adeptes du messianisme sioniste  dans un pays dont il n’est que le Président. En authentique américain pragmatiste, il ne pouvait se laisser « piéger » par l’idée  de réaliser un programme d’action tracé d’avance et que ses adversaires ne peuvent que combattre par tous les moyens aussi bien visibles qu’invisibles dont ils disposent.

Je suppose aussi qu’en ce qui concerne la question palestinienne, il est aussi bien  édifié que ne l’était Yasser Arafat, sur les véritables intentions annexionnistes de l’Etat d’Israël et qu’en prenant acte du refus de geler symboliquement la colonisation rampante de La Cisjordanie, que lui a ostentatoirement  signifié Benjamin Netanyahou, il ne s’est pas senti, outre mesure « offusqué ». Doué, comme on le dit, d’une intelligence exceptionnelle, il sait distinguer la différence entre l’orgueil et la dignité. Surtout lorsqu’on est Chef d’Etat.

Mais je suppose  également qu’en bon « résistant », il a fini par comprendre que l’arrogance d’Israël est fondée non pas sur sa force militaire ou politique seulement mais surtout dans la faiblesse objective de ses voisins Arabes dont les régimes lui sont inféodés et les peuples totalement aliénés par les « idéologies libératrices » de toutes sortes: Arabismes, Islamismes et révolutionnarismes de tous poils et dont l’échec historique fait sombrer  leurs adeptes  dans un état  de léthargie que d’aucuns ont fini par nous faire croire que cela participait d’une « mentalité spécifique aux  Arabes ».

Plus que quiconque, et du magnifique observatoire dont il dispose, il a pu se rendre compte qu’un Israël face à des régimes arabes démocratiques serait moins arrogant et donc plus à même d’être amené à composition avec les Palestiniens. D’où l’on comprend l’expression de satisfaction, presque ostentatoire, qu’il  n’a pu dissimuler en cette matinée du 14 Janvier 2011, au moment où, tard dans l’après-midi, Ben Ali prenait la fuite, en se laissant embarquer pour la Saoudie. Cette joie, il ne pourra pas continuer à l’afficher, lorsqu’est venu le tour d’alliés plus importants d’Israël. Moubarak n’étant pas un simple agent du Mossad, mais un allié puissant et Kadhafi, quant à lui, les événements le révèleront  comme ayant pour priorité absolue la protection de l’Etat sioniste au détriment des peuples arabes. La continuation du  soutien d’Obama  aux peuples arabes devra donc se faire plus discrète  et « visiblement  » hésitante pour ne pas se laisser lire, par les électeurs américains comme ne tenant pas compte des intérêts particuliers de l’Amérique.

Mais l’un des points les plus importants qu’il aura marqué contre le puissant Netanyahou, en plus des révolutions tunisiennes et égyptiennes sera certainement le fait d’avoir « définitivement tué » Bin Laden, privant Israël de son allié objectif le plus remarquable et l’Amérique de la droite républicaine de son épouvantail préféré, dans la manipulation de l’opinion publique américaine. Tout en se payant le luxe de se faire passer pour « un Bush qui a réussi » et de prétendre « légitimement » au titre de Rassembleur.

Quant à son attitude, voulue ambigüe, à l’égard des autres révolutions arabes non encore abouties, elle ne peut  que désigner, en filigrane,  l’importance qu’occupe Kadhafi dans l’échiquier israélien, l’incertitude  qui pourrait planer sur la capacité du Yémen à accéder à l’âge démocratique et le rôle que joue le régime syrien dans le maintien du statu quo favorable à Israël. Alors il laisse faire les peuples, tout en se faisant passer pour le continuateur de Bush.

N’étant que le Président de l’Etat le plus puissant de la planète, il n’a d’autres choix que de faire de la « résistance ». Car tout affrontement direct se résoudra nécessairement à ses dépens et à ceux des nobles causes  qu’il s’estime défendre.

Les peuples arabes devraient l’aider, sans le prendre pour ce qu’il n’est pas : Le Président tout puissant de la plus grande puissance  à l’échelle mondiale.

Il ne peut faire pour notre cause  plus que ne le fait Dieu. Alors  aidons  nous et Obama pourra nous aider. Déjà il se sent plus fort en ce Printemps Arabe .(fin de l’article, en date du 3 Mai 2011)

Depuis, l’on peut constater la chute de Khadhafi mais pas sa fin et l’on  est en droit de croire, qu’il continue toujours à être l’alibi pour que la révolution  qui a lieu  en Libye ne soit pas revendiquée « totalement » par le pouvoir qui va se mettre en place à Tripoli et qu’avant son départ définitif (peut-être pour Israël) il donne l’occasion aux alliés indéfectibles de l’Etat sioniste, l’Angletrre  de Cameron et la France de Sarkosy  et de Bernard Henry Lévy  de se présenter comme les protecteurs d’un peuple  qu’ils ont aidé au compte goutte pour faire trainer le conflit en longueur, sachant que le Pouvoir provisoire de Benghazi , ayant le couteau de Kadhafi  sur la gorge ne pouvait faire autrement que de se laisser s’afficher aux côtés de  B.H.L. et de permettre à l’OTAN de se présenter comme un instrument de libération des peuples arabes de leurs dictateurs, qui étaient tous leurs alliés déclarés ou objectifs.

On remarquera, par ailleurs, qu’à aucun moment Obama n’a accepté de se mouiller complétement contre Kadhafi et qu’il s’est contenté de laisser La France et La Grande Bretagne agir au nom de l’OTAN pour ne pas avoir à passer pour anti-israelien  en cette période de fin de premier mandat et de commencement non déclaré de la prochaine campagne présidentielle. Obama étant beaucoup plus susceptible d’être accusé d’anti-sionisme que ne pourrait l’être Sarkosy que  l’Oliveraie dont le Gouvernement d’Israel  lui avait fait cadeau, fait de lui un citoyen d’honneur de cet Etat.

Mais la Révolution Egyptienne  semble avoir privé Israel d’un allié stratégique de taille en la personne de Moubarak que le Régime militaire de transition n’arrive plus à protéger de la vindicte populaire, alors que Assad  et Saleh s’enfoncent de jour en jour, menaçant  L’Etat sioniste de  la perte de deux grands alliés objectifs, pièces importantes du système maintenant le statuquo qui lui est favorable et que Obama  aimerait faire « bouger ». Cela, au moment où la Turquie semble vouloir cueillir les fruits d’un effort de réorientation de sa politique étrangère, entamé depuis une dizaine d’années et auquel  l’éveil à la démocratie des peuples arabes ne peut que lui être favorable.

Cette situation ne pouvait pas  ne pas avoir de conséquences positives sur la cause palestinienne. Cela a commencé par un « Printemps palestinien » qui avait, il y a déjà quelques mois obligé  Ramallah et Gaza à faire  un effort en vue de dépasser leurs différends et de permettre, de renforcer la crédibilité  de « L’Autorité Palestinienne,  de lui permettre de retrouver la légitimité qui était la sienne du Temps de Yasser Arafat et de recourir à une « déclaration unilatérale d’indépendance » , en vue de se retrouver  non pas « territoires occupés » ou Samarie, mais l’Etat  de Palestine, envahie illégalement  par  une armée que l’on dit l’une des plus puissantes du monde.

Ce qui est intéressant à observer, c’est que dans son discours hier, et bien avant qu’il ne rencontre Abbas, Obama, a signifié clairement et d’une manière ostentatoire son soutien à la position de Natanyahou.  tout en se déclarant « profondément déçu », autant que les Palestiniens, par le fait que la cause de la Paix au Moyen Orient  n’a pas pu avancer d’un iota à cause de l’entêtement d’Israel  à vouloir annexer coûte que coûte la Samarie à la Judée et de saboter définitivement, par le fait accompli, la solution des deux Etats.

La situation nouvelle, créée par les révolutions arabes, constitue, objectivement un changement remarquable dans l’équilibre des forces au Moyen Orient, et n’a nullement besoin, aujourd’hui du soutien déclaré d’Obama. Bien  au contraire : en provoquant l’assentiment de la droite israélienne et la colère des manifestants palestiniens, Obama devient un allié gênant pour Natanyahou, devenu désormais son obligé et auquel il pourrait désormais s’opposer plus efficacement, une fois réélu et n’ayant plus rien à perdre par la suite; son second mandat étant le dernier.

Il me semble donc que les vrais comparses ne sont pas ceux que l’on croit. Mahmoud Abbas, en déposant sa demande, ne fait que rendre le véto d’Obama encore plus visible, en permettant  à ce dernier de se doter d’une puissance  de pression encore plus forte, après que Le Président Palestinien  lui aura donné l’occasion de  »  suivre le voleur jusqu’à la porte de sa maison » comme le dit le dicton tunisien, comme il l’a fait lui même jusqu’à  aujourd’hui.

Contrairement aux apparences,  l’État d’Israël de Natanyahou   n’a jamais été  » autant « au pied du mur » qu’il ne l’est à présent. Continuons donc à être optimistes et que nos peuples arabes défendent efficacement chacun sa révolution, en la soustrayant aux idéologies contre révolutionnaires  que ne cesse de diffuser Al Jazira qui veut transformer nos révolutions en chaos.

Naceur Ben Cheikh

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