Je ne veux pas de subvention. Par Oussema Troudi

with Pas de commentaire

En 15 ans de pratique artistique j’ai fait, en moyenne, une exposition personnelle tous les 3 ans et participé à 4 ou 5 collectives par an.

J’ai payé seul mon matériel, mon encadreur, mon transporteur, les loyers de mes ateliers, et 4 de mes 5 catalogues d’exposition. (Le seul que je n’ai pas payé a été pris en charge automatiquement par la Galerie de la Bibliothèque Nationale de Tunisie lorsque j’y ai exposé en 2011, j’en ai alors réduit la conception au minimum pour faire chuter son coût à 800dt et j’ai été ensuite bénévole à la galerie de la BN jusqu’à ce jour pour concevoir le graphique de la plupart des expositions , affiches, listes, cartels, web…).

Je n’ai jamais demandé une subvention à l’état et je ne le ferai jamais, parce que je n’ai pas le même projet que l’état.

Je travaille en toute liberté, pour mon propre plaisir. Je ne pense pas qu’une liberté payée en est une, ni que c’est au contribuable de payer pour mon plaisir. Et si ce que je fais acquiert une quelconque valeur, ultérieurement, pour la collectivité, c’est tant mieux, puisque j’en fais partie.

Pour me permettre tout ça, il ne faut pas croire que je suis riche, (je suis issu d’une famille modeste, je suis enseignant, père de famille, locataire) mais c’est que l’art n’est pas plus un moyen d’expression qu’il n’est expression des moyens par la conscience de celles-ci. Si je ne compte pas sur mes propres moyens, ce ne serait pas « mon » art que je ferais avec les moyens de l’état, je ferais tout au plus « de » l’art. Ce ne serait pas mon projet mais « du » Projet… à une échelle que je ne conçois pas et à ce moment-là, je ne serais que l’instrument d’un autre, ce qui n’a rien à voir avec mon idée de la création artistique.

—————————–

L’état ne devrait pas financer les artistes.

Ceux qui ont choisi de « vivre de leur art » doivent assumer la responsabilité de leurs vies avant celle de leurs arts, et en aucun cas faire payer à état (c’est à dire au contribuable, c’est à dire aux gens qui n’ont rien demandé) les frais d’un choix de vie. On ne peut pas obliger les gens à payer pour ce qu’ils n’ont pas demandé, ce serait du vol.

Convertir les moyens du ministère des affaires culturelles en aides sociales transforme les artistes bénéficiaires en invalides, avec la dignité en moins.

La plupart des adhérents actifs aux associations connues attendent seulement l’aumône régulière annuelle de leur seul « client » l’état, c’est un fait, qui s’élève souvent à l’équivalent d’un salaire annuel moyen, sous la pression faite au ministère par les dirigeants de ces associations avec pour seul argument la représentativité, basée elle-même sur le simple nombre des adhérents. Aucun argument de qualité ne saurait valoir sinon puisque les soi-disant spécialistes sont juges et parties. Lorsque des personnes se réunissent pour pouvoir piller l’état (le contribuable, d’autres gens qui n’ont rien demandé, moi entre-autres qui cotise), cela s’appelle une association de malfaiteurs. (beaucoup d’artistes naïfs ou de bonne foi y participent sans le savoir). Il est révoltant qu’aucun des ministres depuis 2011 n’ait pu affronter ce problème et y remédier efficacement. Si on suspend la commission d’achat, ces associations se videront aussitôt de leurs adhérents, parce qu’ils ne sont pas réunis par une autre idée que le profit. Seuls ceux que j’ai décrit comme naïfs ou de bonne foi se dégageront du lot et continueront à produire, alors qu’une autre partie manifestera effrontée pour son droit habituel au pillage de l’état.

—————————–

Madame la ministre,

Les vieilles méthodes ne donnent pas de nouveaux résultats.

Rien de bon à propos de ce texte de loi ne se fera dans l’urgence (il faut oublier le covid-19), ni avec des « journées d’études », ni avec les mêmes têtes qui se tuent à s’afficher, à servir d’intermédiaire entre votre ministère et les concernés au nom d’une fausse représentativité et qui dégoûtent de vos espaces et de vos évènements la plupart des personnes sensées.

Changez de méthode, donnez un droit de parole à tous ceux qui veulent s’exprimer concernant ce projet, les problèmes, les besoins et les solutions, déblayez, triez, publiez le tout en toute transparence que l’on sache qui veut quoi, exposez votre vision en tant que haut fonctionnaire de l’état, le projet de votre ministère qu’on vous lise, qu’on sache de quelle manière comptez-vous contribuer à valoriser le fait culturel dans notre pays et armer nos enfants contre la cruauté du monde qui les attend.

Répondre