« Les dessous des cartes »

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D’aucuns ont remarqué que l’organisation Islamiste de Ghanouchi, le parti Ennahdha, toutes tendances au sein de son conseil de la Choura confondus, ne cesse de proposer son soutien à Abdelkrim Zbidi qui, de son côté ne cesse de rappeler qu’il est à égale distance de tous les partis politiques  et qu’il a eu à refuser ce soutien qui lui a été déjà proposé.  Il est devenu clair que Nahdha est désormais consciente de son impopularité. Non pas auprès de sa base incompressible et disciplinée  mais auprès de la frange de la population qu’elle ne peut mobiliser , pour des raisons d’incompatibilité idéologique radicale. Elle va donc  user de cette impopularité pour discréditer ceux qu’elle déclare d’une manière effrontée les soutenir malgré eux. En particulier Zbidi dont le profil  de Sissi démocrate , homme de décision, d’action et profondément  patriote leur fait réellement peur. Beaucoup plus que Abir dont l’animosité déclarée vis-à-vis d’Ennahdha est entachée d’attitude régressive, qui participe de la contre révolution nostalgique de la période Ben Ali et qui ,en fin de compte ne peut que les conforter dans leur position de victimes.  Chahed ayant lui aussi constaté que le soutien déclaré d’Ennahdha pourrait lui nuire, leur a proposé de le faire bénéficier secrètement des voix de leur base électorale, en échange de la couverture dont ils ont été privés, depuis que Béji les a congédiés.

Comment expliquer alors qu’ils aient décidé de présenter leur candidat aux présidentielles, tout en laissant croire qu’ils pourraient mettre leurs oeufs dans plusieurs paniers à la fois. Comment expliquer également  qu’ils aient présenté Mourou au lieu de Ghanouchi aux présidentielles. La majorité des analystes expliquent cela par la réputation d’homme de modération dont bénéficierait Mourou auprès de l’électorat non nahdhaoui. Ce qui le rendrait plus présentable que Ghanouchi l’épouvantail.

Mais tout indique que Nahdha est assez consciente du rétrécissement continu de sa base électorale qui frôle aujourd’hui les 200000 voix qui ne peuvent donc suffire pour élire leur candidat quel q’il soit. Ils se savent désormais minoritaires et agissent comme les partis d’extrême droite israéliens qui servent de minorité d’appoint pour Natanyahou. Cette référence à Israel n’est pas destinée à une quelconque diabolisation d’Ennahdha en Tunisie mais correspond au mode de penser de Ghanouchi qui a toujours donné en exemple de démocratie religieuse, l’Etat Sioniste. Ils se savent minoritaires et menacés d’être privés de l’appui traditionnel du Christianosionisme  de la Nouvelle Droite américaine. Et le seul refuge plus ou moins sûr serait pour eux d’investir toutes leur voix dans les législatives , non pas pour prendre le pouvoir, mais pour revendiquer le statut du Hezbollah au Liban, traqué comme terroriste par l’Américano-sionisme, mais alliés du Chef de l’Etat et participant  au Gouvernement et au Parlement où ils ont leur groupe parlementaire. D’où l’on comprend la candidature de Ghanouchi aux législatives et non pas aux présidentielles.

L’énigme qui reste à résoudre c’est comment Mourou a accepté cette offre pour le moins empoisonnée d’être le candidat d’Ennahdha sans qu’il soit assuré du soutien d’une base qui  a eu l’occasion de ne pas apprécier ses critiques lors de leu dernier congrès. Une base radicalisée qui l’avait agressé à Kairouan et chassé de Kalaa Kebira dans le Sahel. Une des réponses possibles à cette énigme, consisterait à dire que nous sommes  à la veille d’une transformation radicale de Nahdha dont les signes seraient Mourou d’un côté et Lotfi Zitoune de l’autre. Et c’est peut-être là la solution d’un problème qui se pose déjà  et qui se résumerait par la question : Que faire de nos jeunes et moins jeunes islamistes ?  Comment les éduquer à faire de l’opposition démocratique et d’en faire un parti politique civile comme les autres, mais sur fond de valeurs islamiques . Chacun de son côté, Lotfi Zitoune, la boite noire de Ghanouchi  durant son exil et après son retour de Londres  et Mourou le théoricien fondateur , évincé par l’aventurier Ghanouchi et qu’il n’a fait que supporter durant cinquante ans en attendant son heure, pourront participer à cette transformation  Et l’on pourrait comprendre le fait  que Zbidi dise que Zitoune est devenu « son ami » au moment où ce dernier avait le statut d’observateur dans le Cabinet de Jbali. Serait-ce que Zbidi le rassembleur s’y révèle plus stratège qu’on ne le croit ?

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