Corruption de L’État bourguibien : le Général amoureux, l’Argentier et les contrebandiers terroristes.

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Dans l’analyse qui suit, je soustrais le mot corruption de son sens morale qui renvoie à soudoyer, acheter une personne pour l’amener à agir contre son devoir. Je me réfère plutôt  au sens que l’on donne au logiciel malveillant(virus) corrupteur de fichiers ou de programme informatiques et qui peut rendre ces derniers obsolètes ou mal fonctionnant.

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Quelques jours après le coup d’État médical et le « mornagage » de Bourguiba par le Général Zinelabidine Ben Ali, l’un  des hommes les plus en vue de la seconde ville de Tunisie, réputée pour être la capitale économique du pays, devait, déclarer à un hebdomadaire international d’origine tunisienne :  » le pouvoir économique nous l’avons, le pouvoir politique suivra ». Le défi lancé à un homme qui venait de prendre le pouvoir n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd et quelques temps plus tard, le nouveau Président devait essayer de tempérer les ardeurs du banquier, ancien ministre des finances, en essayant de nuire à sa banque internationale, à partir de son pouvoir politique. Comme pour lui répondre, « le pouvoir politique, nous l’avons, le pouvoir économique suivra ».

L’évolution de la santé politique du régime fondé par Bourguiba devait montrer combien ce défi qui faisait prévaloir l’économique sur le politique devait avoir l’effet d’un virus corrupteur d’un système pour le bon fonctionnement duquel, Bourguiba avait toujours séparé nettement l’instance politique de l’activité économique. Comme le conseillait déjà, aux princes de son temps, un certain Abderrahman Ibn Khaldoun. Le virus corrupteur ne devait pas, dans un premier temps toucher les structures de l’État. Le Général, tout en continuant à gérer correctement le Trésors public, s’était contenté d’avoir des activités économiques privées et se permettait de déclarer d’une manière ostentatoire qu’il payait ses impôts. Mais, étant lui-même le produit du lobbyisme financier  d’un sien cousin entrepreneur en bâtiment, il ne pouvait s’empêcher d’interférer dans la marche de l’économie, en glissant vers  le népotisme  en favorisant l’expansion d’entreprises appartenant à des proches ou à des gens qui lui étaient acquis. Puis, dans un second temps et à partir de l’entrée en ligne des  familles proches du Président (celle de sa seconde épouse et la sienne), la corruption de l’économie va prendre une dimension mafieuse qui permettra l’apparition, en un temps record, de fortunes colossales, dont seulement une partie sera réinvestie en Tunisie. Cette corruption de l’économie touchera aussi bien le secteur privé qui sera rançonné que les biens de l’état, pour atteindre finalement le détournement, par le biais de la contrebande ostentatoire, des sources de financement du trésor public. Ainsi  par son amplification, la corruption de l’économie, va se transformer qualitativement en devenant corruption de l’État.

Un état corrompu, qu’est ce à dire?. L’on peut revenir à l’idée du virus corrupteur qui lorsqu’il s’introduit dans un logiciel, endommage son mode de fonctionnement et peut  même le rendre obsolète . Un état ne peut être corrompu que par le pouvoir politique chargé de sa gestion. Pour mieux comprendre cette notion de corruption de l’état par le pouvoir, il faut surtout distinguer l’État du Pouvoir et différentier les pouvoirs qui participent à ce dernier. Cette distinction nette entre État et Pouvoir et la séparation relative, entre les différents pouvoirs qui y participent n’est pas le propre de tous les types d’État au sein desquels les sociétés humaines se sont organisées à travers l’Histoire. Ce dont il est question ici, c’est l’État-Nation dans sa version particulière fondée par Bourguiba, au sein duquel la Nation est déclinée, en tant que Umma, sur fond d’Islam progressiste dont l’humanisme et le rationalisme conscient de ses limites, pourrait être être interprété comme un dépassement du religieux dans une sorte de laïcité spirituelle que certaines lectures hâtives et réductrices prennent pour de la laïcité « juridique » à la française. L’évolution du mode de construction de l’État Moderne de la Tunisie indépendante, montre d’ailleurs que l’abandon vers la fin des années soixante de cette référence à l’Islam progressiste par l’élite au pouvoir et son remplacement par une panacée contradictoire du nom d' »authenticité et ouverture » sera à l’origine de la séparation entre le politique et  le spirituel, que l’Islam politique ne tardera  pas à exploiter, en s’engouffrant dans la vacuité créée au lieu même de cette séparation. L’abandon de l’Islam laïque de Bourguiba provoquera la réduction de l’Islam en une religion cultuelle déspiritualisée, sur fond de morale, incapable de résister  à sa récupération par l’islamisme radical ainsi que la réduction de la politique à une vulgaire  technique de gouvernement dégagée de toute éthique. La banalisation de l’action politique qui en est résulté devait aiguiser les appétits des candidats à la succession et « légitimer » sa prise définitive par un aventurier qui ne tardera  pas à devenir un agent corrupteur de l’Etat Bourguibien dont il prétendra défendre l’intégrité. Ce n’est pas un hasard si les deux défis réciproques qui ont eu pour conséquence la fusion malsaine de la politique et de l’économie et auxquels j’ai fait référence au début de cette analyse sont le fait de deux ministres techniciens de  Bourguiba,: un général technicien de la sécurité et « un argentier au-dessus de tous soupçons ».

La mainmise du politique sur l’économique, effectuée par Ben Ali ne pouvait être que de nature mafieuse. Son effet corrupteur de l’État s’est traduit par le non respect de la qualité de Ministères de Souveraineté, de deux départements  vitaux pour la survie de l’État que sont  l’Intérieur  et la Justice et qui ont été tout simplement annexés au pouvoir exécutif  dans la gestion de cette entreprise mafieuse d’accaparation, par l’instance politique des rouages de l’économie. En conséquence le jour de son départ, le 14 Janvier 2011, L’état dont a hérité la révolution, était structurellement corrompu et continuait à avoir mal à son Ministère de l’Intérieur et Son Ministère de la Justice. Les élections de 2011, ayant fait accéder au pouvoir une organisation à la vocation encore plus mafieuse, le résultat a été une sorte de dépècement sans foi ni loi non seulement de l’économie mais de l’État lui même pris pour un butin de guerre. Sept ans après, le Premier Ministre et le Président de la République sont obligé de contourner le pouvoir judiciaire  et de réformer l’Intérieur, en déclarant l’État d’Urgence, pour pouvoir enclencher une lutte qui s’impose contre le virus corrupteur qui a fini par menacer l’existence politique du pays. Mais la Société Civile produit de l’école publique bourguibienne est toujours là pour défendre l’État moderne, abandonnée par des partis politiques corrompus et le pouvoir législatif qui en est issu. On ne peut que souhaiter longue vie au vieux Béji et  bonne chance à notre  jeune Premier Ministre et à eux deux le soutien actif de la Société Civile.

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