Ayez confiance en son sourire ! No pasaran.

 

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Béji Caïd Essebsi a été d’une lucidité politique foudroyante, en annonçant au lendemain de l’assassinat de Chokri Bélaïd, que notre « Révolution sans chef » en a, désormais Un.

De par sa dimension d’homme, authentiquement passionné, pétri des valeurs universelles de Liberté, de Justice et de Dignité, Chokri a pris soin, comme tout artiste et poète, de tremper sa vision politique, dans l’Éternel Éphémère des conditions, toujours particulières et spécifiques, dans lesquelles, les peuples producteurs d’Histoire, signifient, dans l’action créatrice, leur présence au monde. Et, en tant que tel, sa parole, toujours inspirée et de résonance profondément culturelle, nous a révélé un homme politique lucide, courageux, ayant le sens de la mesure et de la nuance. Et surtout, un être d’un enracinement existentiel, dans l’Identité irréductible de son peuple. Porté par la passion, sa raison raisonnante ne pouvait se confiner dans la répétition du même et de servir de caisse de résonance aux « idéologies de marché ».
Ses compagnons de Partis, semblent donc  subir, comme tout le reste du corps politique tunisien en cours de formation, les conséquences de la culturalisation salvatrice de Cette Révolution Nôtre. Pour s’adapter à une Révolution en cours, depuis déjà plus de deux ans, qui ne se laisse pas « achever » et à laquelle d’aucuns ne cherchent qu’à lui asséner le coup de grâce, ces « Compagnons du Martyr », pourraient payer politiquement cher, le fait de croire qu’un homme qui accède à la dimension symbolique , pourrait être l’objet d’appropriation partisane. Nul doute, que Chokri s’identifiait fortement à son Parti,comme point d’ancrage de son action politique et d’Amour pour la Tunisie « dans toutes ses régions ». Mais une identification dont on doit rappeler le sens existentiellement fort de « Chahyde », au divin témoignage, proche de celui de Hallaj, dont il a évoqué la passion créatrice, dans une intervention à un débat télévisée, désormais historique.
Il suffit de visionner la vidéo de l’Aéroport de Tunis Carthage, lors de son retour du Maroc, pour observer combien, dans la mimique des uns et des autres, l’on peut observer la spontanéité retenue du discours enflammé, mais hautement responsable de Chokri qui contrastait avec l’attitude « spectaculairement » responsable de celui qui,à ses côtés, a raté l’occasion de se taire, puisque en prenant tout de suite la parole, il n’a fait que resservir en des termes et un ton « présidentiels », le discours que Chokri venait de faire, en le refroidissant.
Il suffit de se rappeler l’égocentrisme forcené du même Président qui faisant l’éloge funèbre, d’un homme que le peuple tunisien, dans sa majorité, venait d’en consacrer la qualité de Martyr de la Nation, à l’égal de Hached, s’est permis de s’adresser à son âme, en des termes de « rapports personnels », pour expliquer, la signification de ce lapsus qui consistait à dire, s’adressant à un homme qui sera éternellement vivant parmi les hommes : « Dors mon ami dors ! » qui n’a rien à voir avec « Repose en Paix. Il suffit de voir et d’entendre tout cela pour comprendre l’esprit calculateur et faussement stratégique de vouloir se donner une dimension politique nationale en s’opposant,  » encore spectaculairement » aussi bien à Jbali et Laaraydh qu’à Essebsi et de s’accrocher,  comme à un refrain, à l’idée d’un dialogue national de principe, dont la finalité non avouée, consiste à se faire reconnaitre comme « partenaire » par les autres « prétendants », légitimes ou pas, à un pouvoir qui semble, de nouveau,  à portée de main.
Quelques jours après l’assassinat de Chokri Belaïd, j’avais récupéré sur Facebook, une photo de faible résolution le représentant, souriant, dans une posture de défiance tranquille, accompagnée d’un commentaire, sous forme d’information: il s’agirait de la proposition, par ses camarades d’en faire « la photo officielle » du Chef Martyr. J’avais trouvé l’idée politiquement rentable, non pas pour son parti ou pour le Front, mais pour la Révolution Tunisienne à laquelle les discours de Chokri commençaient à lui redonner la dimension culturelle qu’elle avait au départ et qu’elle a pratiquement perdue, à partir du mauvais tournant de Kasbah 2.

Un signe qui ne trompe pas et qui consacre le rôle authentiquement révolutionnaire que Chokri a donné à notre Révolution, c’est de voir que le message culturel n’a pas besoin d’être « révolutionnaire » pour être politique et fortement mobilisateur. Ce qui touche ce n’est pas le slogan mais le souffle de l’expression authentique de la parole sincère. C’est ainsi que « Mayhana Mayhana », fredonnée par un homme politique qui n’a pas pu ou n’a pas cherché à retenir son émotion de poète, s’est vue transformée, par le Martyr de Chokri, en signe de ralliement révolutionnaire. À la grande surprise de ceux qui, comme moi, appréciaient déjà cette chanson irakienne qui faisait partie du répertoire de Mohamed Kabanji, avant d’être reprise par Nadhem El Ghazali.
En fait, ce qui nous a touchés ce n’était pas le contenu des paroles, ni la beauté de la voix de la jeune cantatrice qui venait de la chanter, mais le flagrant délit d’émotion et de nostalgie pour les bords du Tigre à Baghdad que les yeux souriants et mouillés de Chokri laissaient transparaitre en public.
Alors, malgré le discours, hautement opportuniste de cet autre « Camarade du Martyr » qui, le quarantième jour, parlait de l’Avenue Bourguiba, en disant Avenue de La Révolution et s’alliait de fait, symboliquement, à Ghanouchi, dans un négationnisme sectaire peu politique, je vais continuer à dire, non pas à ses camarades du Front ou Démocrates Patriotes, mais à tous les Tunisiens, sans exception aucune : « Ayez confiance en son sourire ! No pasaran. »

l’Islamisme nahdhaoui : un projet fondamentalement anticulturel.

Dépasser le seuil de la peur, pour un peuple relativement policé par cinquante ans de culture politique ayant pour centre la préservation de l’Unité nationale et l’édification d’un État stable, ce n’est pas retourner à la Siba qui aurait transformé notre révolution sans chef, en révolte contre le pouvoir central. C’est ce qui explique que le dépassement du seuil de la peur a été perçu surtout comme une libération de l’expression politique et culturelle au niveau le plus évolué. Et c’est cette nouvelle donne que semblent ne pas percevoir les comploteurs nahdhaouis. Et ce, pour la simple raison qu’il s’agit de concepts et de besoins qui se situent en dehors de leur « vision du monde » de laquelle ont été évacuées la dimension sacrée de la créativité dans l’humaine condition et le besoin de liberté qui lui est nécessairement associé, ainsi que la notion de dignité qui leur donne sens, dans la mesure où le sentiment de dignité serait l’expression de nostalgie qu’éprouverait l’être humain pour sa condition divine d’Origine.

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